Saudade

07/09/2025

Ligne 15, fin de matinée d'été, premier jour pluvieux après des périodes très chaudes. Depuis que j'ai changé de ligne je n'écoute plus de podcast, j'ai enfin des gens à qui parler (et j'aime bien les gens)

J'écoute de la musique, plus précisément Rádio Amália. Une radio portugaise en ligne qui diffuse du fado en continu. Et c'est très beau le fado, c'est un chant qui a vu le jour dans les bas-fonds de Lisbonne, dans les quartiers pauvres où se mêlaient des gens d'origines ethniques très différentes luttant ensemble pour survivre. Le fado est ainsi chargé de fatalisme, de fierté, d'énergie et d'invocation d'un destin meilleur. Accompagné d'une « guitarra portuguesa » au son reconnaissable entre tous, ce son est doux et n'appelle pas de jugements malvenus.

Je conduis tranquillement quand un gars monte et me sourit directement :

- C'est radio portugaise ? (avec un accent typique)

- Oui :-) C'est Rádio Amália, você conhece ?  (Vous connaissez ?) C'est du…

- Fado ! Conheço bem ! C'est beau ! Vous êtes portugaise ?

- Não sou, meu marido é luso-descendente. Tento de aprender a lingua portuguesa. Ouvir nesta radio ajuda-me. (Non, mon mari est luso descendant. J'essaie d'apprendre la langue portugaise. Écouter cette radio m'aide)

- J'aime beaucoup. Muito obrigado pela nesta musica…

Et il reste là collé à la barre de maintien de l'avant, devant le pare-brise, le regard perdu au loin, à fixer un horizon imaginaire tel un marin de Magellan espérant être le premier à revoir le Portugal. Il reprend : il est originaire de l'île de Madère, la même île qui a vu naître Cristiano Ronaldo. Il travaille à Bordeus depuis 16 ans et son île lui manque beaucoup. Je m'aperçois qu'il pleure.

- Ça me fait du bien, realmente obrigado. C'est triste mais c'est beau.

- É bom pra matar a saudade n'est-ce pas ? (C'est bon pour faire disparaître la nostalgie)

Il se retourne vers moi, il me demande le prochain arrêt. Il sourit ET pleure en même temps...c'est tout la saudade ça !

Je le dépose :

- Até a proxima ! (« à bientôt ! »)

- Ah ! (Une de ses larmes vient me cueillir), vraiment… (il me sourit avec un pouce en l'air). Merci...À bientôt oui.

Maintenant, c'est Mariza qui chante...