
Wario
Ligne 31, c'est le matin en pleine heure de pointe , ça circule beaucoup, tout le monde se croit important et se croit seul.
La rue est droite, la visibilité bonne mais dans ce quartier résidentiel aux rues étroites il subsiste des poches de stationnement sur la chaussée. En chicane bien évidemment sinon ce n'est pas drôle.
Pour pouvoir passer avec mon bus articulé de 18 mètres de long je dois faire un déport à gauche et aligner ensuite toute la longueur de mon véhicule sur le flanc gauche de toutes les voitures stationnées.
Je ne suis pas prioritaire dans cette situation, le Code de la route le précise bien cependant, j'ai le temps, le véhicule d'en face est vraiment loin. Juste quelques secondes et je passe…
Généralement, les habitués qui arrivent en face s'attendent à nous voir là, ils ralentissent et nous permettent de manoeuvrer. Je les remercie à chaque fois d'un petit geste de la main et d'un petit sourire et chacun de retourner à ses trucs importants.
Pas aujourd'hui…
J'avais pourtant gardé un oeil sur ce petit camion arrivant en face, il était loin...j'effectue mon déport et là, il accélère alors que je suis déjà engagée !!! Nous nous retrouvons très vite pare-brise contre pare-brise. La tuile.
Il s'énerve très fort dans sa cabine, sa grosse moustache fait des ondulations d'anguille à l'air libre tellement il crie. Je suis coincée avec un bus articulé dans une rue résidentielle étroite avec stationnements en chicane…
Et il crie, il hurle, il s'agite...je n'entends rien, les fenêtres sont fermées.
J'enclenche mes feux de détresse et mon frein de parc. Je croise les bras sur le volant en le regardant et j'attends...
Ça le rend encore plus fou.
Je comprends qu'il veut que je recule (ha ha !). C'est hors de question évidement, c'est contre la procédure et la file de voitures derrière moi s'allonge. Concert de klaxons.
J'attends…
Il continue de m'invectiver tout en descendant sa vitre : j'avais vu clair dans son jeu, il s'agit bien d'insultes des plus croustillantes à mon égard.
Il descend de son camion va faire reculer les voitures derrière lui, finalement recule lui aussi, j'ai juste la place pour faufiler mon 18 mètres, ça passe à un cheveu de son rétroviseur mais je sais très bien ce que je fais, avec distinction et maîtrise.
Il continue de m'abreuver de ses insultes plus sexistes les unes que les autres, me menace d'une plainte, d'une réclamation, d'une remontée que je n'oublierai jamais : "1418, ton bus c'est 1418, j'oublierais pas !!! J'te préviens, tu vas le payer !"
Je garde pour moi les remarques les plus sales, je pense que le fait que j'ai eu le temps de me remettre du baume à lèvres et de me recoiffer la rendu encore plus fou.
Langage non verbal.
Photo : Nintendo